Vitamines et anti-oxydants

Produits naturels

Il existe deux causes de différences entre produits de synthèse et produits naturels. Les produits naturels sont généralement chiraux et énantiomériquement purs. Rappelons que la chiralité est une propriété des objets tridimensionnels. Ainsi, des objets chiraux vont toujours par paires appelées « énantiomères ». Un exemple courant est une paire de gants ou de chaussures. Il y a d’une part le gant pour la main ou le pied droit. Il y a l’autre gant ou l’autre chaussure pour la main ou le pied gauche. Comme chacun le sait, mettre sa main droite dans le gant gauche aboutit à une situation bien peu confortable.

Les molécules chimiques sont elles aussi des objets tridimensionnels. Il peut donc exister des molécules gauches et des molécules droites formant une paire d’énantiomères. Une molécule est dite énantiomériquement pure lorsqu’elle ne se présente que sous sa forme gauche ou que sous sa forme droite. Les récepteurs biologiques de molécules sont généralement eux aussi chiraux. Il y a donc des récepteurs gauches et des récepteurs droits. Une molécule gauche est capable de s’insérer dans un récepteur gauche. Par contre elle ignore le récepteur droit. LA chiralité joue donc un rôle crucial dans les processus de reconnaissance moléculaire.

Produits de synthèse

Par opposition, les produits de synthèse sont en général des racémiques. Ceci signifie qu’ils ne sont que très rarement énantiomériquement purs. Donc pour chaque molécule gauche, il y a un équivalent droit. Au mieux, la moitié du produit de synthèse non biologiquement active est tout simplement éliminée. Ceci fait travailler inutilement le foie et les reins. Au pire, les deux moitiés sont biologiquement actives, l’une ayant un effet bénéfique et l’autre pouvant être mortelle… Heureusement, les industriels sont parfaitement au courant de ce problème et si tel est le cas ils veillent à fournir un produit lui aussi énantiomériquement pur. Hélas, ce dernier sera simplement beaucoup plus cher à produire.

Il y a aussi le pseudo-polymorphisme et le polymorphisme des produits cristallins. Beaucoup de produits sont fabriqués à l’état solide. Même lorsqu’ils sont énantiomériquement purs, ils peuvent adopter une structure cristalline différente du produit naturel. On parle alors de polymorphisme pour signifier qu’il existe plusieurs arrangements spatiaux différents des molécules dans le cristal. Le solide peut aussi inclure des molécules étrangères comme de l’eau ou de l’alcool. On parle alors de pseudo-polymorphisme. Le problème est ici que la solubilité du solide et donc l’activité biologique de la molécule qu’il contient peuvent être très variable d’un polymorphe à l’autre.

Danger des vitamines

J’ajouterais que les vitamines mêmes naturelles doivent prises avec une posologie strictement contrôlée. Si une carence est évidemment nuisible, un surdosage l’est aussi à coup sûr. Il y a aussi le problème des vitamines dits « anti-oxydantes ». Il devient en effet de plus en plus évident et certain qu’avaler des doses massives d’anti-oxydants met en place un terrain cancéreux. Je résume ici l’opinion de James Watson, co-découvreur de la structure de l’ADN qui s’est exprimé très récemment à ce sujet [1]. Ainsi, beaucoup d’études cliniques montrent que le fait de consommer des vitamines et anti-oxydants sous forme de compléments alimentaires n’améliore en rien le fonctionnement du système cardio-vasculaire.

On a aussi cherché à savoir si la prise de vitamine E diminuait le risque d’avoir un cancer. L’étude la plus récente à grande échelle sur ce sujet a été arrêtée vue l’absence de bénéfices. Toutefois la cause principale était l’augmentation des cancers de la prostate chez les personnes qui consommaient de la vitamine E. Il est assez facile de savoir comment les anti-oxydants ont pu être regardés comme une aide pour la santé. Car ces molécules ont la propriété de pouvoir neutraliser les espèces réactives de l’oxygène (acronyme ROS). Ces espèces, très souvent radicalaires, se forment lors de l’oxydation du glucose en dioxyde de carbone et eau (métabolisme).

Radicaux

En effet, les radicaux, dès qu’ils sont en excès, peuvent endommager l’ADN et les protéines. On peut ainsi aboutir par à l’apparition de cellules mutantes cancéreuses. Muni de cette évidence simpliste, certains médecins ont cru bon de déclarer la guerre aux ROS. Ils sont en particulier accusés d’être responsables du vieillissement prématurés des cellules. Les industries chimiques et pharmaceutiques se sont donc aussitôt rués dans la brèche. Car le consommateur moyen est généralement effrayé par la vieillesse, le cancer et la mort. D’où toute une gamme de compléments alimentaires anti-oxydants à prendre matin, midi et soir.

Les vendeurs d’eau se sont aussi mis sur le coup. Certains vantent ainsi les mérites de boire une eau alcaline et réductrice pouvant avoir un rH2 proche de zéro ! Quelle folie, lorsque l’on sait que les aliments anti-cancer comme les choux de Bruxelles ou les brocolis agissent par leur capacité à favoriser les processus cellulaires pro-oxydatif plus que ceux de nature anti-oxydante… N’oublions pas que la vie est à la base une oxydation. A l’inverse, la putréfaction et la mort correspondent à une réduction… Le fait que la consommation de compléments alimentaire anti-oxydants favorise la prolifération cancéreuse est facile à comprendre. Car les rayons ionisants qui tuent les cellules cancéreuses le font via la création d’une grande quantité de ROS !

Lutte contre le cancer

De même, si la chimiothérapie fonctionne ce n’est pas tellement en raison de la nature chimique de la molécule. L’efficacité semble plutôt liée à son pouvoir de génération d’ions superoxyde, de radicaux hydrogène ou hydroxyles, tous de puissants oxydants. C’est la raison pour laquelle lorsque qu’une cellule cancéreuse devient résistante à une molécule anti-cancéreuse, elle devient aussi résistante à toutes les autres molécules utilisées en chimiothérapie. Très souvent, elle devient aussi plus résistante aux rayons ionisants. Des recherches récentes sur le cancer du pancréas ont révélées que les cellules cancéreuses les plus agressives sont précisément celles qui ont des niveaux de molécules anti-oxydantes les plus élevées.

Ces anti-oxydants endogènes sont en effet produits par le corps pour empêcher les ROS de déclencher les senseurs qui initient la mort cellulaire programmée (apoptose). Une des clés de la lutte contre le cancer pourrait donc résider dans notre capacité à réduire de manière spécifique le niveau des molécules anti-oxydantes dans les cellules cancéreuses. Soit de manière endogène (alimentation), soit de manière exogène (médicament). Ceci nécessite donc de comprendre comment notre corps contrôle de manière naturelle son niveau de molécules anti-oxydantes.

Aspects génétiques

En absence de ROS, les niveaux cellulaires de ces molécules anti-oxydantes sont en général très bas. Ceci grâce à une enzyme portant le joli nom de « Keap 1 ubquitine ligase ». Cette enzyme a pour rôle de détruire le facteur de transcription Nrf2. Il s’agit ici d’une molécule qui contrôle l’expression d’un gène. La présence de ce facteur permet de déclencher la synthèse des principales molécules anti-oxydantes. Ces dernières sont au nombre d’une dizaine. Ainsi, dès que les ROS deviennent trop nombreux, le facteur Nrf2 n’est plus détruit. La cellule commence donc à produire les molécules anti-oxydantes en grande quantité afin de détruire ces ROS en excès.

Jim Watson suspecte aussi que le même phénomène se produit lorsqu’une cellule cherche à se reproduire. Ici aussi, elle déclenche une production d’anti-oxydants afin de protéger le simple brin très vulnérable d’ADN en train de se reproduire. Ceci est également cohérent avec l’observation récente que les cellules souches sont très riches en molécules anti-oxydantes. Car leur destinée est précisément de se reproduire. Existe-t-il actuellement une molécule capable de tuer sélectivement une cellule souche cancéreuse sans toucher aux autres cellules non cancéreuses ?

Lutte contre le diabète

Selon Jim Watson, la Metformine employée dans le traitement du diabète de type 2 semble avoir cette capacité. Cette molécule est relativement facile à utiliser et se trouve être l’une des plus prescrites dans le monde entier. Selon des études récentes, elle permet de réduire de 20 à 40% l’incidence des cancers du poumon, du pancréas et du côlon. Il semblerait que la Metformine tue de manière préférentielle les cellules souches cancéreuses du mésenchyme. Précisément celles qui sont le plus difficile à éradiquer. Elle le ferait précisément en initiant la mort par apoptose des cellules qui contiennent une quantité de molécules anti-oxydantes suffisante pour neutraliser les effets des ROS.

Le cancer n’est pas la seule maladie où les anti-oxydants interviennent. Ainsi on commence à soupçonner que le diabète de type 2 survient lorsque des molécules anti-oxydantes bloquent les ROS messagers essentiels. Ceux qui permettent au foie de savoir s’il doit augmenter la sensibilité à l’insuline ou bien réduire le taux de synthèse du glucose. On a mis en évidence le rôle essentiel joué par les ROS au niveau du foie dès 2009. On sait aussi que l’exercice physique prévient l’apparition du diabète de type 2. Ceci en augmentant la production de ROS au niveau de la chaîne de transport des électrons dans les mitochondries.

Conclusion

Rappelons que la mitochondrie est l’organite au niveau duquel se produit l’oxydation du glucose, des lipides ou des protéines. On s’est alors aperçu que les effets positifs de l’activité physique disparaissaient chez tous ceux qui avalaient des doses journalières de vitamine C ou E. Le même mécanisme pourrait expliquer le fait que l’incidence du cancer du côlon se trouve réduite de 20% chez les hommes qui ont une activité physique fréquente.

Il semblerait donc bien que notre capacité à éliminer les cellules cancéreuses dès leur naissance soit liée à notre capacité à faire fluctuer notre niveau des ROS. Ceux-ci, loin d’être nos ennemis peuvent être des outils de prévention efficaces contre le cancer et le diabète de type 2. Là aussi, il faut donc veiller à en prendre le strict minimum… C’est important à faire savoir quand on voit le nombre d’articles dans la presse ventant le mérites d’une nourriture riche en anti-oxydants.

[1] New Scientist, 16 Mars 2013, p. 28-29.

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