25•Le bon, le moyen et le cancre

25•Le bon, le moyen et le cancre

Épisode 25 Covid-19, juin 2020

Probabilité

La nécessité de raisonner au mieux dans des situations où l’information est incomplète est une situation courante de la vie quotidienne. Nous devons prendre une décision, même si l’on ignore tout des possibles conséquences de notre décision. Via notre intuition, nous avons appris à faire face à ce genre de situation en imaginant dans un premier temps toutes les possibilités pouvant survenir. Puis, nous associons à chacune de ces possibilités une probabilité en se basant sur tout ce qu’il est possible d’observer. Ceci inclue évidemment tout ce que nous avons vécu dans notre passé. Enfin, on prend une décision finale, à la lumière des conséquences probables de chaque possibilité. 

La médecine est un exemple flagrant où l’on utilise la notion de probabilité de manière massive. Car l’enjeu est de taille ! Puisqu’il s’agit, ni plus, ni moins, que de savoir quelles sont les chances de décéder. Toutefois, nous avons vu que la mort n’est qu’un passage vers un autre monde. Donc, on se focalise plutôt sur les chances de tomber malade. Car, la vie peut très bien devenir un enfer. Nous avons tous vécu ces derniers mois cette angoisse d’être contaminé par le méchant SARS-CoV-2.

Et la réaction a été brutale, violente, policière et répressive. Une terreur s’est installée dans le monde. Or, si l’instauration d’un état de terreur est instantanée, il faut des longs mois, voire des années pour en sortir. Mon but avec ces chronique est d’exorciser la peur. Il faut pour cela combattre l’ignorance crasse et stupide qui s’affiche sans vergogne dans les médias.

Ignorance

Hélas, lutter contre son ignorance nécessite une bonne dose de courage. Car l’ignorance se chasse avec notre intellect et non avec nos tripes. Le cœur lui sait quoi qu’il arrive, mais notre éducation « civilisée » l’a muselé. Je vous ai déjà donné la voie à suivre. Penser avec sa tête (thèse), envoyer le résultat aux tripes (antithèse) et faire la synthèse des deux courants avec le cœur. Les bons élèves à l’école sont généralement ceux qui oublient la voie des tripes. Les mauvais, quant à eux, oublient la voie de la raison. Les élèves violents oublient la voie du cœur. D’où leur comportement bipolaire, tantôt raisonnable, tantôt animal. Reste les élèves moyens, ceux qui utilisent les trois voies. 

Certains vont dire que je me répète. Je leur répondrais que je suis un enseignant. Or, on attend d’un bon enseignant qu’il rabâche sans cesse les choses vraiment importantes. Celles qu’il faut impérativement connaître pour vivre en société tout en étant heureux et en bonne santé. 

Fréquence et probabilité

J’ai illustré cette lutte contre l’ignorance, lors d’une conférence au Puy-en-Velay, via la métaphore du gros bout et du petit bout. Car, dans la vie, une idée n’est jamais parfaitement symétrique. Elle a toujours un gros bout, dur à mettre en bouche, et un petit bout beaucoup plus facile à appréhender. Il en est de même avec le maniement des probabilités. Ici le petit bout s’appelle la fréquence.

Ce petit bout est bien ancré en nous, et ce depuis la plus haute antiquité. Jean Bernoulli (1667-1748) a franchi, dès 1713, le premier pas pour juger de la validité d’une proposition A donnée. Il a ainsi introduit la notion de probabilité p(A) = M/N. Ici le nombre M désigne le nombre de situations équivalentes permettant d’affirmer que la proposition A est « vraie ». N est le nombre total de situations où cette proposition est aussi bien vraie que fausse. On appelle cela l’espace des hypothèses.

Le problème est qu’il est toujours très difficile de connaître précisément la dimension N de l’espace des hypothèses. Car il existe toujours un nombre gigantesque de possibilités compatible avec une situation donnée. L’idée de Bernoulli a été de faire n observations de la validité de A. Après avoir noté le nombre de fois m où cette proposition a été vérifiée il calcule une fréquence f(A) = m/n. Il démontra alors que si le nombre n d’observations indépendantes était suffisamment grand, il était quasiment certain que f(A) soit très proche de p(A) = M/N. Je parle ici de « petit bout » à cause de cette condition que n soit suffisamment grand. Car si tel n’est pas le cas, alors la fréquence calculée ne doit jamais être interprétée comme une probabilité. Or, pour prendre une bonne décision, il est impératif de se baser sur une probabilité et non sur une fréquence. 

L’épidémie continue

C’est la grande critique émise par l’intelligentsia médicale contre le traitement de Didier Raoult. Si ce dernier n’évalue qu’une fréquence, alors cela ne veut rien dire. Par contre, si la fréquence qu’il observe coïncide avec la probabilité « réelle », alors il a raison. Toute cette hystérie autour du traitement marseillais aurait donc pu être aisément évitée. Or, Raoult a soutenu mordicus qu’il disposait bien de probabilités et non de fréquences. Ses adversaires disaient au contraire que ce qu’il observait n’était que des fréquences. Vu du petit bout, fréquence/probabilité, il est honnêtement impossible de trancher. Car il manque un chiffre crucial pour pouvoir trancher.

Ce chiffre est le taux de mortalité par COVID-19. Pour accéder à ce chiffre, il faut disposer du nombre réel de personnes contaminées et du nombre réel de décès. Le problème est que ces deux chiffres ne deviennent disponibles, qu’une fois l’épidémie terminée. De plus, pour être vraiment sûr, il faut raisonner à la plus grande échelle possible : l’humanité entière. On devra donc attendre 2021 pour connaître le nombre total de décès. Car l’épidémie, à l’échelle mondiale, la seule pertinente, est loin d’être terminée. Le graphique suivant montre la situation actuelle. 

La courbe rouge montre le nombre total de cas déclaré chaque jour. La courbe bleue montre le nombre de morts confirmés par jour. Pour que l’on puisse commencer à trancher entre Raoult et ses détracteurs, il faut attendre que la courbe rouge revienne à zéro ! On peut aussi zoomer sur le nombre de morts par jour.

Raison, tripes et cœur

Ceci pour dire que la voie de la raison ne pourra pas se faire entendre avant 2021, au mieux. Didier Raoult le savait très bien et il ne lui restait deux solutions. Soit, il écoutait la voix des tripes et donc de la peur. C’est la voie préconisée par le comité scientifique, mort de trouille. Soit, il écoutait la voix du cœur. Son intuition lui soufflait que même s’il n’y avait qu’une faible probabilité, il fallait quand même aller au charbon.

Le fait que Didier Raoult ait finalement choisi la voie du cœur ne me surprend pas. Peut-être, était-il un élève moyen à l’école. Je n’en sais rien. Par contre, je sais que dans sa situation j’aurais agi comme lui. Comme j’étais un élève très moyen à l’école, il y a de fortes chances qu’il en ait été de même pour lui. Car, je sais par expérience, que la tête de classe finit toujours comme PDG, chef de service ou ministre. 

Un autre indice révélateur est le fait que Didier Raoult a très tôt claqué la porte du conseil scientifique. Cela suggère un fort désaccord entre ceux qui écoutent leurs tripes et ceux qui font confiance à leur cœur. Car au niveau cérébral, tout le monde ne peut être que sur la même longueur d’onde. Ceci est une simple conséquence du formatage intellectuel imposé par les écoles, les lycées et l’université. 

Formatage

On pourra, de fait, toujours formater la tête. Pour formater les tripes, il faudra une cage, un fouet, une muselière et beaucoup de violence. Impossible, par contre, de formater le cœur. Tout futur grand homme politique sait cela. Il apprend cela, sur le terrain, au contact des électeurs. En revanche, les dictateurs en herbe sont toujours très surpris de voir que la violence n’a pas de prises chez certaines personnes. Car, chez eux, la voie du cœur s’est éteinte très tôt dans leur enfance. 

On retrouve la voie du cœur chez le personnel soignant non impliqué dans des tâches de direction ou de gestion. Car ces tâches, très bien rémunérées, sont phagocytées par les premiers de la classe. Lorsqu’on est moyen à l’école, on sait que l’on gagnera peu, plus tard. Comme, on dispose donc d’un bon équilibre tête/tripes, le cœur peut s’exprimer. C’est tout bête, mais fondamental. 

Être moyen

Grâce aux bilans journaliers de l’ECDC, on peut constater que les gens moyens, qui ne sont ni des génies, ni des cancres, ont été largement à la hauteur. C’est en effet eux qui sont derrière ces chutes souvent spectaculaires de la mortalité. Cela se voit très bien en portant, pour chaque pays, le nombre de morts par jour en fonction du nombre total de total de morts.

Ainsi, on voit que la France, a franchi le seuil de 5 morts par jour le 12 mars. Pour l’Italie, c’était le 3 mars contre le 20 mars pour l’Allemagne. L’épidémie a atteint l’Espagne un jour avant la France. Le Royaume-Uni est, lui, touché 4 jours après la France. Aux États-Unis tout démarre un jour avant les Britanniques, le 15 mars.

Le nombre de morts par jour a commencé à fléchir dès le 4/04 pour l’Espagne. C’est donc le pays qui a le mieux réagi avec une baisse du nombre de morts quotidiens 24 jours après le début de l’épidémie. Avec un délai de 30 jours, la France et le Royaume-Uni sont à égalité. L’Allemagne fait aussi bonne figure avec un délai de 31 jours. Les Allemands ont mieux réagi que les Italiens qui ont dû attendre 33 jours. Les plus lents à réagir ont été les USA avec un délai de 38 jours.

Au 8 juin, on trouve l’ordre suivant : Espagne < Allemagne < France < Italie < Royaume-Uni < USA. Ceci démontre que si la tête n’a pas su être la hauteur en France (voir chronique n°23), le cœur a, lui, bien réagi. Peut-être devrait donc mieux considérés les élèves moyens à l’école. Car c’est ce groupe où la voie du cœur n’est pas fermée qui permettra de survivre en cas de crise majeure. L’épidémie de COVID-19 les a mis en valeur.

Bilan à 4 mois

Nous approchons bientôt du quatrième mois de cris en France. Cette dernière courbe montre comment nous nous situons par rapport aux autres pays. Comme il s’agit d’un graphique interactif, n’hésitez pas à jouer avec tous les boutons. Avec un truc comme ça, vous pourrez voir tout au long de l’été, à quelle vitesse on se rapproche du point zéro. Celui, où la tête pourra enfin commencer à faire la part des choses de manière lucide, calme et apaisée. N’oubliez pas de bien toujours considérer toute la planète. C’est Bernoulli et sa loi des grands nombres qui nous a appris cela.

En attendant que toutes ces courbes retombent à zéro, je vous parlerais dans la prochaine chronique du gros bout. Car là, nous n’avons qu’utilisé le petit bout de la lorgnette…

Par Marc HENRY

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