Domaines de cohérence

Domaines de cohérence

Physique quantique des champs

Une particularité liée à la physique quantique des champs est que, pour un état quantique donné, le nombre de particules, n’est pas toujours défini. C’est (entre autres) ce qui interdit d’employer systématiquement une description purement corpusculaire de la matière. Cela interdit aussi de définir le vide comme un milieu qui ne contient aucune particule. Ainsi, lorsque deux particules (par exemple, deux électrons) interagissent, elles peuvent le faire « simplement », en échangeant un seul photon.

Toutefois, ce photon peut, une fois qu’il a été émis par le premier électron, disparaître. Ce faisant, il génère une paire de particule/antiparticule. Il peut aussi réapparaître un moment plus tard, avant l’absorption par le deuxième électron, par recombinaison de la paire créée de manière furtive. Ceci implique, entre autres, que la masse des particules ne serait pas une propriété intrinsèque des particules elles-mêmes, mais serait étroitement liée à la manière dont celles-ci interagissent avec la structure quantique du vide.

Particules virtuelles

La conséquence principale de cette particularité est l’impossibilité de considérer la matière comme étant constituée d’une somme de particules élémentaires, se déplaçant dans le vide. Ceci implique que l’élémentarité ne peut plus se concevoir en termes d’objets. Le vide contient en effet des particules « virtuelles » qui sont clairement responsables de la masse au repos des choses. Le vide ne se contente donc pas de s’opposer à la matière. Il devient un composant incontournable de la matière. Le fait que la matière puisse échanger de l’énergie virtuelle avec le vide qui la constitue a des conséquences tout à fait remarquables.

Pour comprendre cela, considérons N quanta vibrant avec une fréquence f. Selon la relation de Planck-Einstein, chaque quanta véhicule une énergie E = h·f, où h désigne la constante de Planck. Dans ces conditions, l’énergie E totale associée à N quanta tous identiques s’écrira : E = N×(h·f). Toutefois, en physique quantique des champs, le nombre de particules est autorisé à fluctuer d’une quantité ∆N. Il en découle alors un flou énergétique ∆E = ∆N×(h·f). D’autre part, l’angle de phase φ de l’onde associée au quanta de fréquence f varie comme φ = 2π·ν·t. On aura donc pour une résolution temporelle ∆t, un flou sur la phase ∆φ = 2π·ν·∆t. Or, selon de principe d’incertitude d’Heisenberg, le flou en énergie ∆E et le flou en durée de vie ∆t doivent toujours être tels que ∆E·∆t ≥ ħ/2.

Cohérence et incohérence

Ceci conduit directement à la relation d’incertitude fondamentale de la physique quantique des champs : ∆N×∆φ ≥ 1/2. Cette relation nous informe sur l’existence de deux types d’états pour la matière. Un état « séparable » ou encore « incohérent » où le nombre d’objets ne fluctue pas, soit ∆N = 0. Ceci entraîne bien sûr ipso facto une incertitude totale sur la phase quantique. Ces états incohérents nous bien familiers, car ils interviennent dès qu’il est possible de compter les choses. Comme beaucoup de choses naturelles sont dénombrables, cela permet d’ignorer l’existence d’une phase quantique.

Toutefois, cet état d’incohérence s’oppose à un autre état « inséparable » ou encore « cohérent ». Ici, il peut exister d’énormes fluctuations du nombre total d’objets qui ne cessent d’être créés ou détruits. La conséquence est que la phase quantique prend une valeur de plus en plus précise puisque dans ces conditions ∆φ → 0. Cohérence signifie ici qu’il est  parfaitement vain de vouloir compter le nombre de constituants élémentaires. Même si ces derniers sont séparables par la pensée, ils se comportent physiquement comme un seul bloc. En fait, ils forment sous la une seule entité indissociable car soudée par la cohérence de phase qui règne au sein de cette entité.

Domaines de cohérence

Comme vous l’aurez peut-être compris, cette cohérence c’est celle que l’on peut observer à notre échelle. Car, la relation de base ∆N×∆φ ≥ 1/2 est invariante d’échelle puisque le facteur 1/2 est sans dimension. On explique ainsi que des choses puissent avoir un comportement déterministe, alors qu’un extraordinaire chaos interne règne dans ces choses apparemment formées de plusieurs parties. C’est sûrement là l’un des résultats les plus troublants de la physique quantique des champs, qu’un chaos destructeur puisse aussi être créateur de structures. Le fait qu’il faille sans cesse créer et détruire les composants élémentaires pour acquérir une stabilité et une structure est une façon révolutionnaire de penser la matière.

L’eau qui est formée de molécules indiscernables répondant toutes à la formule H2O n’échappe pas bien sûr à cette règle. Elle pourra donc sous deux exister sous deux états. L’un incohérent que l’on associe aisément à l’eau des chimistes. L’autre cohérent que l’on pourra associer à l’eau morphogénique. D’un point de vue pratique, la théorie indique que cette cohérence implique environ 10 millions de molécules d’eau [1]. Autrement dit, tout assemblage de molécules d’eau doit être découpé en blocs contenant chacun 10 millions de molécules d’eau. Ces blocs sont nommés « domaines de cohérence ». Concrètement, comme le nombre d’Avogadro est voisin de 1024, cela signifie qu’il existe dans 18 grammes d’eau (une mole) environ 1017 domaines de cohérence.

Mémoire de l’eau

De plus, chaque bloc peut se trouver, soit dans un état cohérent (bit 1), soit dans un état incohérent (bit 0). Cela revient à dire que l’eau morphogénique se comporte comme un milieu pouvant mémoriser jusqu’à 10 péta-octets d’information. D’où la validation de l’idée de mémoire de l’eau, défendue par certains scientifiques et vivement rejetée par d’autres. En fait, ceux qui valident cette idée se placent de facto dans le cadre de la physique quantique des champs. À l’inverse, ceux qui la refusent, se placent de facto dans le cadre de la physique quantique de première quantification où le nombre d’objets n’est pas autorisé à varier. Ils rejoignent en cela, tous ceux qui se placent dans le cadre de la physique classique, où la notion même de phase quantique est totalement ignorée.

Le fait que l’eau morphogénique puisse avoir, via sa mosaïque de domaines de cohérence, une mémoire est une chose tout à fait remarquable. Les conséquences sont détaillées dans mes deux livres intitulés l’eau et la physique quantique et l’eau morphogénique. Il y a aussi les nombreux livrets disponibles sur ce site.

Référence

[1] I. Bono, E. Del Giudice, L. Gamberale, M. Henry, « Emergence of the Coherent Structure of Liquid Water », Water (2012), 4, 510-532.

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