28•Létalité, mortalité et surmortalité

28•Létalité, mortalité et surmortalité

Épisode 28 Covid-19, juin 2020

Taux de létalité

L’heure est au bilan. Si l’épidémie de COVID-19 marque le pas en France, elle est loin d’être terminée. Voir ce lien vers l’ECDC pour la source des chiffres qui suivent. Ainsi, le 15 février 2020, la France enregistre son premier mort. L’épidémie démarre vraiment le 12 mars  avec une moyenne de 6 morts par jour. Au 16 juin, on enregistre 29 436 morts et une moyenne de 32 morts par jour. Donc, même après 96 jours, on n’est toujours pas revenu à zéro. Toutefois, le nombre de morts  ne signifie pas grand-chose en lui-même. Pour le comprendre, il faut lui donner un contexte. Un contexte possible est de faire le rapport entre le nombre confirmé de morts et le nombre confirmé de cas. On appelle cela le taux de létalité L.

L’idée est de limiter l’émotion véhiculée par des chiffres bruts, qui peuvent sembler vertigineux. Voir ce lien vers l’ECDC pour les taux mesurés de par le monde. Ainsi, on s’aperçoit que le pays qui détient le plus haut taux de létalité au monde (L = 24,64 %) est le Yémen. Il ne totalise pourtant que 208 morts au 16/06/2020. La France arrive en seconde position avec ses 29 436 morts pour un taux de létalité L = 18,7 %. La Belgique avec 6 991 morts et un taux de létalité de 16,07 % s’octroie la médaille de bronze de ce triste palmarès. Dans ces conditions, que dire de la Grèce où l’épidémie est terminée ? Eh bien, elle affiche 184 morts pour une létalité de 5.87 %. Lorsqu’on compare les systèmes de santé français et grecs, on est en droit de se poser des questions.

Magouilles

En fait, il peut y avoir deux raisons pour avoir un taux de létalité très faible. Le nombre total de morts confirmés peut tendre vers zéro. Ou bien le nombre de cas confirmés peut tendre vers l’infini. Donc, en jouant sur la manière de collecter les données, on peut biaiser considérablement le taux de létalité. On pourrait ainsi accuser la France de ne pas avoir assez testé sa population. D’où un nombre de cas confirmés faible et donc un taux de létalité qui grimpe en flèche. De même on pourrait accuser la Russie (7 091 morts, L = 1,32 %) ou la Chine (4 638 morts, L = 5,5%) de ne pas déclarer tous les morts. D’où un taux de létalité qui s’effondre.

C’est la raison pour laquelle des enquêtes doivent être entreprises. Toutefois, par un choix judicieux des enquêteurs, un gouvernement peut encore biaiser considérablement les chiffres réels. Se limiter à un seul indice pris dans un seul contexte est donc dangereux. Peut-on faire mieux ?

Taux de mortalité

On peut minimiser le problème, en calculant plutôt un taux de mortalité M. Ici, au lieu de diviser par le nombre de cas confirmés, on divise par la population du pays concerné. On pourra consulter cette URL affichant la population mondiale en temps réel. Ainsi, peu importe le nombre de tests effectués ou pas. La seule source de biais qui reste sera le nombre de morts confirmés. Voici donc un nouveau palmarès pour les pays précités, plus les USA : 

  • Belgique = 6 991/11 589 623 = 0,60 ‰
  • France = 29 436/65 273 511 = 0,45 ‰
  • USA = 116 127/330 934 248 = 0,35 ‰
  • Russie = 7 091/145 932 270 = 0,05 ‰
  • Yémen = 208/29 825 964 = 0,007 %
  • Chine = 4 638/1 439 128 265 = 0,003 ‰

C’est maintenant la Belgique qui prend maintenant la médaille d’or. Toutefois, la France reste médaille d’argent devant les USA (L = 5.49 %). On constate ainsi tout de suite l’anomalie chinoise. En tant que pays le plus peuplé de la planète, on s’attendrait, statistiquement parlant, à beaucoup plus de morts. Allons en effet chercher le champion de la faible létalité (L = 0,09 %). Il s’agit du Qatar qui déclare 76 morts pour 2 881 053 habitants, soit une mortalité M = 75/2 881 053 = 0,026 ‰. La conclusion est donc que soit les Chinois sont vraiment très forts, soit qu’ils trichent sur leur nombre de morts.

Pas de traitements

Ceci m’amène à m’intéresser aux traitements permettant de guérir du COVID-19. La communauté scientifique est actuellement unanime pour dire qu’il n’en existe pas. Donc, les Chinois ne peuvent pas être très forts. Ou alors, s’ils sont vraiment très forts, ils se gardent bien de divulguer les traitements efficaces qu’ils auraient mis au point. Indépendamment de ce problème chinois, il reste à expliquer la médaille d’argent de la France à la fois en létalité et en mortalité. On touche ici du doigt l’intérêt de ne pas se limiter à un seul contexte. Avec un même indice (nombre de morts) et deux contextes (cas déclarés et population totale), on détecte bien vite les tricheurs. Si l’on multipliait les indices et les contextes, on pourra avoir une image à peu près fidèle. 

Donc la question à mille francs est de savoir pourquoi autant de gens sont morts en France. Car notre de santé est reconnu comme étant l’un des meilleurs au monde. On pourrait bien sûr imaginer que la France a déclaré en fait tous ses morts, toutes maladies confondues. Ceci, dans le but d’apparaître au monde entier comme le pays ayant la plus forte létalité et, ou mortalité. J’ose espérer que notre gouvernement n’a pas été assez idiot pour s’engager sur cette option.

Taux de surmortalité en France

Pour y voir plus clair, on pourra se référer à ce site du New York Times. Il nous donne un autre indice très intéressant, le taux de surmortalité. En effet, si l’on moyenne le nombre de morts total par mois sur un certain nombre d’années, on obtient, pour un pays donné, des chiffres de référence. On peut alors comparer la mortalité d’une année particulière à ces références. Comme les moyennes sont toujours très stables, on peut être ici assez objectif.

On obtient ainsi le graphique représenté sur l’image accompagnant cette chronique. La courbe rouge représente ainsi une surmortalité inattendue par rapport à une moyenne, la courbe bleue, couvrant les années 2010-2019. On voit très clairement un pic de surmortalité très prononcé pour la période allant de mars à avril 2020. Pour les amateurs de chiffres, voici les données collectées, pour la France, par le New York Times du 1/01/2020 au 10/05/2020 :

  • Janvier 2020 : 51 505 morts sur 54 213 attendus, soit un défaut de 2 708 morts.
  • Février 2020 : 49 286 morts sur 52 931 attendus, soit un défaut de 3 645 morts.
  • Mars 2020 : 55 800 morts sur 49 707 attendus, soit un excès de 6 093 morts.
  • Avril 2020 : 76 327 morts sur 56 881 attendus, soit un excès de 19 446 morts.
  • 10 mai 2020 : 10 943 morts sur 10 539 attendus, soit un excès de 404 morts.

Bilan français

On voit que c’est le mois d’avril qui a été particulièrement meurtrier en France. Au total, on a eu un excès de 18 915 français qui sont morts entre janvier et mai 2020 par rapport à la moyenne sur 2010-2019. Reste à attendre la fin de l’année pour voir dans quelle mesure le solde redeviendra négatif. Car, vu la vague de décès anormaux en avril, il se pourrait qu’il y en ait beaucoup moins durant l’été. On ne peut en effet mourir qu’une seule fois dans sa vie. Comment savoir si tous ceux qui sont morts prématurément en avril ne seraient pas morts de toute manière en été ou en automne ?

Inutile donc de s’affoler. Comme dans toute épidémie, il faut attendre qu’elle se termine pour avoir des chiffres analysables. Aucune analyse sérieuse n’est possible à chaud. Sauf pour les politiciens et les journalistes bien sûr. Les premiers pour défendre leurs idées, les seconds pour faire du tirage.

Taux de surmortalité dans le monde

Par contre, ce qu’il est possible de faire, c’est de comparer la surmortalité dans différents pays pour une période donnée. Dans l’article du New-York Times, ils ont donc considéré la période allant de mars à début mai. Voici le palmarès de la surmortalité pour 25 pays (ou villes) analysés : 

Taux de surmortalité pour 25 pays pour la période allant de mars à début mai (source New York Times)

La France occupe maintenant la douzième place, une position moyenne. Toutefois, notons que ces chiffres donnent le taux de surmortalité toutes causes confondues. Ils montrent que sur la période allant de mars à mai 2020, il y a eu des anomalies dans bien des pays. Par contre, pour Israël et les pays ayant une surmortalité inférieure à 5 %, l’anomalie est loin d’être évidente. Si on compare la France à l’Espagne ou au Royaume-Uni, elle semble avoir été moins affectée. Par contre, vis-à-vis de l’Allemagne, pays frontalier ou d’Israël, il n’y a pas vraiment lieu d’être fier. D’autant plus que l’Allemagne tire aussi très bien son épingle du jeu pour la mortalité (M = 8 800/83 783 942 = 0,11 ‰) ou la létalité (L = 4,71 %) due au COVID-19. 

L’heure des comptes

Donc, l’heure des comptes a clairement sonné pour la France. Il va falloir que nos dirigeants se justifient sur la manière dont la crise a été gérée. Pour l’instant c’est mal parti. Car, on avait promis des revalorisations salariales aux personnels soignants. Certains n’ont rien eu du tout. D’autres devront se contenter de primes ponctuelles et de belles phrases lors du 14 juillet. La situation est telle qu’ils sont obligés de descendre dans la rue pour manifester. Or, il est actuellement impossible de manifester sans infiltration de groupes de casseurs. On va donc plus parler dans les médias de violences dans la rue que des problème de notre système de santé. Comme, la police est en pleine crise et ne sait plus vraiment sur quel pied danser, la rentrée risque d’être torride.

J’ai aussi appris, que le gouvernement envisageait de faire voter en juillet une loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Toujours plus d’évaluation, toujours plus de financement sur projets, toujours plus de hiérarchisation et de différenciation. De plus il y aura possibilité d’imposer plus de 192 h annuelles aux enseignants-chercheurs et la fin du paiement des heures supplémentaires. Bref, alors que les universités seront fermées jusqu’en septembre, leur sort se joue ce mois-ci, dans un chaos total. Une décision incompréhensible. Car si la recherche fondamentale se grippe, on livre nos chercheurs pieds et poings liés aux grands groupes industriels. Ceci m’amènera à parler, dans la prochaine chronique, des traitements possibles du COVID-19.

Par Marc HENRY

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