Absorption des minéraux

Absorption des minéraux

Les minéraux

81 éléments du tableau périodique des éléments sur 104 éléments correspondent à des minéraux. On sait également qu’au moins 70 de ces minéraux  sont indispensables au bon fonctionnement de la cellule animale. La source primaire de ces minéraux pour tout système biologique est le sol. On sait également que seuls certains microorganismes et certaines plantes sont capables d’extraire les ions du sol. Cela nécessite la production d’acides humiques. Leur rôle est d’enrober ou de chélater les minéraux. Ceci afin qu’ils puissent aisément franchir la paroi cellulaire. Car, cette dernière est de nature hydrophobe, et donc parfaitement étanche aux ions hydratés. La figure ci-dessus permet de se faire une idée de la nature chimique de ces acides fulviques.

Les « autotrophes » sont des formes de vie qui sont capables d’extraire les ions du sol pour une utilisation directe. Cela, par opposition aux cellules animales qui sont « hétérotrophes ». Et, qui doivent donc trouver leurs métaux sous une forme préemballée. Pour l’eau de mer, c’est le phytoplancton marin qui réalise cet emballage. Pour, les plantes, qui servent de nourriture aux animaux terrestres, ce sont les mycorhizes. Croire qu’il suffit de boire de l’eau minérale pour avoir sa ration quotidienne de minéraux et d’oligo-éléments est un leurre total. Les vendeurs d’eau en bouteille entretiennent savamment ce leurre. Ceux-ci ignorent superbement les lois de la physico-chimie colloïdale pour justifier le prix très élevé de l’eau qu’ils vendent.

Nutriments

Avoir une nourriture saine et équilibrée nécessite que l’intestin absorbe six groupes principaux de nutriments : des protéines, des glucides, des lipides, des vitamines, des minéraux et de l’eau. Sans la trilogie (eau, minéraux, vitamines) il serait totalement impossible de faire fonctionner nos enzymes. Car, ce sont ces enzymes qui gèrent et transforment l’autre trilogie (protéines, glucides et lipides). Toute carence en eau, en minéraux ou en vitamines nécessite une correction dans les plus brefs délais. Afin de maintenir un organisme vivant en bonne santé. Pour ce qui concerne les minéraux, ils exercent trois fonctions de base.

Minéraux et croissance des tissus

Tout d’abord, ils assurent tout d’abord la croissance et la maintenance des tissus corporels durs (Ca, P, Mg) ou mous (P, S, Zn, Mg). Le zinc (Zn) et le silicium (Si) sont nécessaires pour former les protéines et les lipides du corps. Les minéraux préservent aussi l’intégrité cellulaire. Ils maintiennent ainsi un gradient d’activité d’eau entre les milieux intracellulaires et extracellulaires. Ils permettent également d’atteindre un équilibre acido-basique et rédox. Ceci leur permet de réguler la perméabilité membranaire ou l’irritabilité des tissus.

Rappelons pour mémoire qu’une bactérie comme Escherichia Coli peut doubler de taille en 20 minutes. Ce, dans un milieu ne contenant que de l’eau, des minéraux et du glucose. Durant ce laps de temps, E. Coli synthétise au moyen de réactions biochimiques très complexes environ 2500 protéines différentes. Il y a aussi synthèse d’une grande gamme d’acides nucléiques et de plus de 1000 composés organiques non protéiques.

Minéraux et régulation physiologique

La deuxième fonction de base des minéraux est la régulation des processus biologiques et physiologiques de la cellule. Ainsi, le calcium (Ca) est indispensable au développement du tissu osseux. Mais, il aide aussi au fonctionnement normal du système nerveux. Le calcium aide également à la coagulation du sang. Il intervient dans la régulation de la perméabilité des membranes cellulaires. Il autorise également la contraction du muscle cardiaque, etc. Le vanadium (V) pour sa part est un élément trace essentiel pour réguler la synthèse du cholestérol et des phospholipides. Le cuivre (Cu) permet la synthèse de l’hémoglobine et régule par voie de conséquence les processus oxydatifs de toute cellule.

Pour jouer leur rôle de régulation des processus corporels, les minéraux essentiels servent de catalyseurs dans tout système enzymatique ou hormonal. Ils interviennent via des métallos enzymes qui chélatent les minéraux. Tout retrait des minéraux de ces métallos enzymes entraîne automatiquement l’arrêt complet de l’activité enzymatique.

Minéraux et énergie

La troisième fonction des minéraux est liée à la génération d’énergie. Ceci, en raison de leur participation à des cofacteurs essentiels dans les réactions enzymatiques. Ces dernières transforment la nourriture en divers métabolites, utilisés dans de nombreuses fonctions. C’est ainsi que pour fabriquer de l’ATP, il faut disposer de calcium (Ca), de magnésium (Mg), de phosphore (P), de manganèse (Mn) et de vanadium (V). Tout événement physiologique impliquant un gain ou une perte d’énergie, nécessite la présence de phosphore (P). Car, tout processus biochimique non spontané implique la fabrication ou la rupture d’une liaison P-O-P. Ceci implique la présence du phosphore à chaque étape élémentaire des transformations biochimiques.

Interaction entre minéraux

On classe généralement les minéraux essentiels sont normalement en deux groupes. D’une part, il y a les macronutriments comme le calcium sans lequel on ne peut pas fabriquer la matière osseuse. Mais, il y a d’autre part, les oligoéléments présents à l’état de traces comme le cobalt (Co). Sans ce métal essentiel, la croissance osseuse se trouve retardée comme s’il y avait une carence en calcium. Une faible croissance osseuse peut donc très bien signifier une carence en cobalt. Carence qui peut entraîner un métabolisme inadéquat des protéines et des lipides et non une carence en calcium.

Il y a aussi le problème de l’interférence entre les différents minéraux au niveau de l’absorption intestinale. Car, les minéraux peuvent très bien interagir entre eux et s’affecter mutuellement pour ce qui concerne l’absorption ou le métabolisme. Plus un certain minéral intervient dans de nombreux processus métaboliques, plus ses possibilités d’interaction avec les autres minéraux sont grandes. Le diagramme ci-dessous représente quelques-unes de ces interactions. Les flèches indiquent des antagonismes entre les différents minéraux pour l’absorption intestinale. On regroupe ces interactions en six catégories principales.

Précipitation

Le premier groupe d’interactions implique la formation de précipités insolubles. Ceci peut se produire lorsque deux ou plusieurs minéraux sont en compétition dans l’intestin pour le même ligand riche en électrons. Cela peut concerner l’acide phytique ou l’ion phosphate :

En effet, lorsqu’un minéral soluble est ingéré, le pH acide de l’estomac favorise la solubilisation. Mais, lors de l’arrivée dans l’intestin, la solubilité décroît. En conséquence, les minéraux tendent à se lier avec des anions ou des ligands. Ceci se produit en général dans le jéjunum et l’iléum. Ici, les ions métalliques peuvent être séquestrés dans des complexes très stables et hautement insolubles. Ceci empêche toute absorption des minéraux concernés. Ainsi, toute ingestion importante d’acide phytique entraîne une décroissance importante de minéraux comme le calcium et le zinc.

Ce qui est dit de l’acide phytique s’applique aussi à toute substance capable de former des complexes ou des sels insolubles avec des cations minéraux. Ainsi, le calcium, le zinc, le magnésium, le manganèse et le fer réagissent tous avec les ions phosphates pour former des produits insolubles. Par exemple, une précipitation importante de phosphate de fer pourra provoquer une anémie alors que l’on a affaire à un excès de phosphate et non à une carence en fer.

Compétition pour le même transporteur

Le second groupe d’interactions implique une compétition entre différents cations pour un même transporteur actif. Un transporteur est une petite protéine qui facilite le passage depuis le lumen vers le cytoplasme des cellules intestinales. Car, pour cela, il faut traverser les membranes lipidiques de la muqueuse intestinale. Ces protéines transporteuses sont capables de complexer ou de chélater les cations de sels solubles. Ici, le transport d’ions implique une liaison avec des protéines réceptrices. Il peut s’ensuivre une compétition entre plusieurs cations pour un même site protéique actif.

Une telle compétition peut impliquer aussi bien un macronutriment qu’un oligoélément. La figure précédente illustre ce type d’interactions. On y voit que le cuivre et le fer sont mutuellement antagonistes. Car, les deux cations sont transportés à travers la paroi intestinale, par la même molécule : la transferrine. Ainsi, si l’on absorbe un excès de fer et de cuivre, on inhibe l’absorption du fer. Car, le cuivre présente une plus grande affinité pour la transferrine que le fer. Une anémie peut donc être provoquée par un excès de cuivre et non une carence en fer ou un excès de phosphates.

Métallos protéines

Le troisième groupe d’interactions implique une réduction de la capacité des cellules corporelles à synthétiser des métallos protéines. Ceci, en raison d’interférences produites par des réactions spécifiques avec des métaux lourds non essentiels. Ici, l’action enzymatique nécessaire à la fabrication de la protéine de transport peut être bloquée. Ceci, en raison du déplacement d’un certain cation spécifique par un métal exogène. Lorsque ceci arrive, l’enzyme peut se trouver complètement inhibée.

Par exemple, le plomb inhibe la synthèse du noyau porphyrine nécessaire à la fabrication de l’hémoglobine. Car, pour cette synthèse, il faut une enzyme activée par le zinc qui permet de transformer deux molécules d’acide alpha-amino-lévulinique en pyrroles. Ces dernières molécules sont les précurseurs du macrocyle porphyrine destiné à accueillir un atome de fer. La présence du plomb inhibant l’action du zinc, une anémie peut donc très bien être liée aussi à une intoxication par le plomb.

Un quatrième groupe d’interactions implique les métallos enzymes où le cation fait partie intégrante de l’enzyme. Lors de toute substitution métallique au sein de l’enzyme, il peut y avoir accélération ou blocage du processus catalytique. Par exemple, la carboxypeptidase contient du zinc et, en son absence l’activité enzymatique se trouve réduite. Or l’entrée du zinc dans l’enzyme peut être inhibée par le cobalt. Car, celui-ci remplace le zinc provoquant le doublement de l’activité enzymatique. En revanche, si le zinc est substitué par le manganèse ou le nickel, l’activité de la peptidase est retardée.

Excrétion et intrication

Le cinquième groupe d’interactions implique l’excrétion des minéraux. Car, certains d’entre eux doivent retourner dans le lumen afin d’être éliminés. Ceci peut nuire et interférer avec le transport des autres cations.

Enfin, le sixième groupe d’interactions implique des réactions des cinq groupes précédents qui s’enchaînent. Par exemple, si un cation devient insoluble dans l’intestin, il ne peut plus être absorbé. Ceci affecte toute enzyme ayant besoin de ce cation pour fonctionner normalement. L’inactivation de ces enzymes peut alors entraîner l’absence de production d’hormones, de transporteurs ou d’enzymes. Molécules qui peuvent être nécessaires à l’absorption intestinale d’autres minéraux. Finalement, on affecte ainsi tout un groupe de minéraux. Ainsi, la précipitation d’un seul cation peut très bien bloquer l’absorption de plusieurs minéraux essentiels. D’où l’apparition de carences apparentes multiples, alors que l’apport en minéraux est tout à fait normal.

Les vitamines

On a vu que les interactions entre minéraux peuvent interférer avec l’absorption intestinale des cations. Or, la présence ou l’absence de vitamines peut, elle aussi, influencer fortement l’absorption des minéraux. Par exemple, il est bien connu que la vitamine D est nécessaire pour pouvoir absorber le calcium. Tandis que la vitamine C influence l’absorption du fer. En cas de carence en vitamines C et D l’absorption de calcium et de fer diminue donc de manière significative. Par contre l’excès d’une autre vitamine comme la niacine (vitamine B3) peut inactiver la vitamine D. D’où une perturbation de l’absorption du calcium. Un excès de niacine peut donc provoquer une hypocalcémie. Et, ce même si les niveaux de calcium et de vitamine D sont suffisants. La figure suivante montre les relations synergiques entre vitamines ayant déjà été élucidées.

Le gras

La quantité de graisse dans l’alimentation peut aussi affecter le niveau d’absorption d’un minéral donné. Une alimentation riche en graisses favorise ainsi la formation de savons insolubles impliquant acides gras et calcium. Un autre point qui peut affecter l’absorption des minéraux est la quantité de fibres non digestibles dans l’alimentation. On a ainsi pu s’apercevoir qu’un excès de fibres diminuait l’absorption du calcium, du magnésium, du zinc, et du phosphore. Car, ces métaux restaient liés aux fibres se retrouvant dans les fèces au lieu de passer la barrière intestinale. La présence d’acide phytique et d’acide oxalique dans des aliments très riches en fibres peut réduire encore plus l’absorption des ions métalliques par réaction de précipitation.

Le pH

De manière générale, plus le lumen est alcalin, plus l’absorption des minéraux se trouve réduite. Tout manque d’acidité au niveau de l’estomac peut donc se traduire par l’apparition de carences minérales. La consommation d’eau très fortement alcaline est aussi un pur non sens du point de vue de l’absorption des minéraux. Elle ne devrait se faire que sur une très courte période et en aucun cas de manière régulière sur une longue durée. Rajouter à cette alcalinité un très bas potentiel rédox est aussi très dangereux. C’est le meilleur moyen pour rajouter à une carence minérale possible, une inactivation des défenses immunitaires. Car, il y a neutralisation des radicaux libres nécessaires à l’élimination des agents infectieux pathogènes.

Apporter les minéraux de manière globale

On ne le redira donc jamais assez : buvez une eau la plus neutre et la moins minéralisée possible. Car, les cations hydratés ne peuvent pas être absorbés par l’intestin. De surcroit, ils peuvent provoquer par leur présence une coprécipitation d’autres minéraux essentiels empêchant leur absorption. Une autre conséquence concerne la correction d’une carence apparente en minéraux ou en vitamines. Il est ici crucial d’apporter tous les minéraux de manière simultanée. Et, de préférence sous une forme déjà chélatée. Par exemple, sous la forme d’eau de mer ou d’eau « noire » obtenue en ajoutant des acides fulviques à une eau minéralisée.

Vouloir corriger une anémie en prescrivant du fer peut très bien être un pur non sens. Car, l’anémie peut être liée au métabolisme du phosphore, du zinc, du manganèse, du cuivre ou du plomb.  Il est donc important de bien saisir toute la complexité du problème de l’absorption des minéraux. Il faut comprendre que la prise non réfléchie et systématique de complément alimentaires variés à base de minéraux ou de vitamines n’amenant qu’un seul minéral ou une seule vitamine est un jeu très dangereux. Une longue pratique thérapeutique et une prescription systématique de compléments naturels (mélanges) plutôt que synthétiques (produits purs) doit donc être la règle d’or en ce domaine.

Référence :
DeWayne H. Ashmead, H. Zuzino, «The role of aminoacid chelates in animal nutrition», Noyes Publ.: Westwood, New-Jersey, 1993, pp. 21-46

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