38•Vers un monde meilleur en 2021 ?

38•Vers un monde meilleur en 2021 ?

Épisode 38 Covid-19, novembre 2020

Fin de la démocratie

Allons-nous vers un monde meilleur en 2021 ? Ce soir, il est fort probable que le gouvernement français opte pour un nouveau tour de vis sur la population. Il utilise pour cela une procédure bien rodée. Cela passe par un conseil de défense qui laisse peser un lourd secret sur les prises de décisions. Ce conseil de défense s’appuie sur les avis d’un conseil « scientifique », créé ex nihilo et tout aussi opaque. Qui décide de la composition de ces conseils ? Un seul être humain qui est intouchable selon notre constitution. On court-circuite de la sorte les deux assemblées légitimement élues par les Français. 

Rappelons brièvement les faits. Le 23 mars 2020 un nouveau régime d’état d’urgence sanitaire autorise le confinement général du pays. On cherche à faire face à l’épidémie de Covid-19. La loi du 11 mai 2020 a prolongé ce régime exceptionnel jusqu’au 10 juillet 2020. Le 11 juillet 2020, on met en place un régime transitoire de sortie de l’état d’urgence sanitaire autorisé jusqu’au 30 octobre 2020. Ceci permet de procéder, durant l’été, au déconfinement des Français. Tout semble alors rentrer dans l’ordre. Toutefois, ce régime transitoire, permet aussi au Premier ministre et aux préfets de prendre certaines mesures coercitives. Parmi elles, la limitation des rassemblements, la fermeture d’établissements recevant du public et le port du masque…  

Nouveau confinement

Début octobre, l’épidémie semble rebondir. Emmanuel Macron décide donc, dans le huis clos du Conseil de défense, d’instaurer un couvre-feu. Le 14 octobre 2020, on réactive alors le dispositif exceptionnel du printemps par un décret. Il autorise la mise en place d’un couvre-feu à partir du 17 octobre pour une durée d’un mois. Le conseil scientifique Covid-19 a déjà, dans son avis du 19 octobre 2020, donné un avis favorable. Toutefois, cela ne fonctionne pas. D’où la décision, toujours dans le huis clos du Conseil de défense, d’instaurer un nouveau confinement national à partir du 30 octobre.

Or, pour que l’état d’urgence sanitaire puisse s’appliquer au-delà du 16 novembre 2020, le Parlement doit donner son accord. D’où un nouveau projet de loi. Celui-ci prévoit de prolonger sur l’ensemble du territoire national, l’état d’urgence sanitaire de 3 mois, jusqu’au 16 février 2021 inclus. Le projet de loi prolonge également le régime transitoire de sortie de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 1ᵉʳ avril 2021. Le gouvernement demande, en outre, une habilitation au Parlement afin de procéder par voie d’ordonnances. Ceci, afin de rétablir ou de prolonger des dispositions prises par ordonnances lors de la première vague de l’épidémie. Si nécessaire, ces ordonnances pourront être prises de façon « territorialisée ».

Rien ne va plus au Sénat…

Le 24 octobre, les députés ont, en première lecture, limité la durée d’habilitation accordée au gouvernement pour prendre des ordonnances au 16 février 2021 (au lieu du 1ᵉʳ avril 2021 initialement). Ils ont aussi raccourci de trois à un mois le délai pendant lequel il devra déposer les projets de loi de ratification de ces ordonnances (au total près de 70). Le 28 et le 29 octobre, on transmet la demande au Sénat pour examen en première lecture. Les sénateurs constatent qu’ils n’ont d’autres choix que de débattre après coup et de valider les décisions présidentielles.

Le ministre de la Santé Olivier Véran, ne daigne même pas venir leur expliquer la situation. Ils amendent donc largement le texte en limitant la durée de cet état d’urgence. Les sénateurs ramènent la date de fin au 31 janvier 2021, contre le 16 février. Le Sénat veut aussi imposer au gouvernement de repasser par la case Parlement, en cas de prolongation du confinement au-delà du 8 décembre. Il propose aussi de ramener le nombre d’ordonnances de 70 à 30. Vu le désaccord entre les deux assemblées, on convoque une commission mixte paritaire dès le 30 octobre. Elle constate son incapacité à parvenir à élaborer un texte commun sur ce projet de loi autorisant la prorogation de l’état d’urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire.

Le grand couac

Le texte revient donc à l’assemblée le 3 novembre pour une nouvelle lecture. C’est alors le grand couac. Car, pas assez nombreux dans l’hémicycle, les députés de la majorité se font dépasser par ceux de l’opposition. La séance est très mouvementée, mais l’opposition réussit à faire voter, une prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 14 décembre 2020 seulement. Ceci permet de préserver les fêtes de fin d’année, remises en question par la date initiale du 16 février 2021. Un autre amendement prévoit que le confinement décrété par l’exécutif à partir du 30 octobre ne puisse être renouvelé au-delà du 30 novembre qu’après accord du Parlement.

Olivier Véran voit rouge et revient en hâte à l’assemblée. Il vient de visiter un service d’urgence et lance alors cette phrase très révélatrice : « C’est ça la réalité, si vous ne voulez pas l’entendre, sortez d’ici ! ». Il exige la « réserve des votes » sur les amendements et articles restants, ce qui remet les scrutins au moment où le gouvernement le choisira. Les députés qui sont chez eux, sont choqués d’une telle attitude qui remet en cause leur pouvoir de contrôle du gouvernement. 

Affaire à suivre

Car, les députés de l’opposition savent qu’en parallèle, le gouvernement travaille aussi sur une nouvelle législation. L’idée est de créer un dispositif pérenne de gestion des crises sanitaires et épidémiques. Ce dispositif prendrait le relais au-delà du 1ᵉʳ avril 2021. Cela permettrait au gouvernement, à tout moment, de proposer des contraintes des libertés publiques. Non plus à titre exceptionnel, mais de droit commun pour cause de crise. Sans même passer par la case Parlement, sans concertation ni avec les territoires ni avec les partenaires sociaux…

Comme les sénateurs quelques jours plus tôt, les députés se rebiffent donc à juste titre. Hélas pour eux, le gouvernement, par sa « réserve des votes » a repris la main. Car l’article 101 du règlement de l’Assemblée nationale autorise à revoter un amendement ou un projet de loi. L’assemblée se réunit donc à nouveau le mercredi 4 novembre. Le nouveau vote permet alors de rétablir la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 16 février 2021, comme initialement prévu. Toutefois, le projet de loi doit être examiné en nouvelle lecture par les sénateurs le 5 novembre au soir, avant le vote définitif des députés prévu le 6 novembre à 15 heures.

Huxley ou Orwell ?

La réaction emportée, pour ne pas dire incontrôlée, du ministre de la Santé est caractéristique de l’approche que peut avoir notre président de la République de la démocratie. Après avoir mis en place des Conseils opaques et non représentatifs du peuple, il réclame aux parlementaires et aux sénateurs, seuls représentants légitimes du peuple, un chèque en blanc pour plusieurs mois. Cela l’autorise à prendre des mesures restrictives très sévères pour au moins 3 mois, sans avoir à rendre de compte au Parlement ou au Sénat. On comprend que députés et sénateurs aient du mal à avaler la pilule.

J’invite tous ceux qui ne comprendraient pas l’enjeu du bras de fer qui oppose le président et son gouvernement au pouvoir législatif à voir un documentaire de 53 minutes qui peut être visionné jusqu’au 18 février 2021 sur le site ARTE.TV. Si le président réussit son casse de la démocratie, il aura plein pouvoir pour orienter la société française vers un monde hybride mêlant l’eugénisme du meilleur des mondes avec une dictature de type 1984 symbolisée par Big Brother.   

Le meilleur des mondes ou 1984 ?

Très brièvement, dans le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, on utilise la science pour contrôler et asservir l’humanité par le plaisir. On y prône le dégoût de tout ce qui est naturel, choses incontrôlables. Par contre, on y glorifie l’eugénisme avec des individus génétiquement prédestinés pour êtres dominants « alpha » ou des dominés « epsilon ». L’idée est que les gens aiment leur servitude en leur procurant des plaisirs artificiels via des loisirs et le recours au « soma » qui annihile toute volonté. On contrôle ainsi les gens par le plaisir et non par la souffrance. La caractéristique d’un tel monde est que les faits ne comptent pas, d’où un flux d’information incessant qui empêche toute pensée critique.

Meilleur des mondes 1984
Deux romans pouvant décrire l’état du monde en 2021

Dans le roman « 1984 » d’Éric Blair (alias George Orwell), on cultive plutôt l’inversion des valeurs tout en pratiquant un contrôle policier extrêmement strict. Il n’y a plus de vie privée, car chaque foyer possède un « télécran », Big Brother, qui espionne en permanence les habitants. On vide les mots de leur substance exacte pour créer une « novlangue ». Dans cette langue nouvelle, le mensonge devient la vérité et vice-versa. On proclame ainsi que la guerre est source de paix, que l’esclavage procure la liberté et que l’ignorance rend fort. Il y a un ministère de la vérité qui réécrit en permanence l’histoire grâce au rejet systématique du témoignage procuré par les yeux et par les oreilles. Dans un monde Orwellien, il n’y a pas de faits et donc l’individu n’a pas accès à l’information. 

Retour en 2020

Revenons en 2020. Que voyons-nous ? Tout d’abord un harcèlement du peuple où le noir est qualifié de blanc et le blanc de noir. Une personne infectée n’a pas de symptôme, mais elle n’en reste pas moins malade. Un médicament qui a soigné des milliards d’individus se révèle, tout compte fait, être un poison mortel. On lutte contre une maladie respiratoire en prônant un masque qui empêche de respirer de manière normale. Un même produit de consommation est à la fois interdit (petit commerce) et autorisé (grande surface) à la vente. Vous devez rester confiné chez vous tout en ayant le devoir d’aller travailler. Vous êtes autorisés à vous entasser dans les transports en commun en milieu clos, mais interdiction formelle de se réunir dans un bar, voire en plein air.

Toute personne qui désobéit aux consignes doit être sévèrement punie, alors que si elle obéit elle se condamne elle-même à une mort économique et sociale inéluctable. Le dilemme répétitif typiquement Orwellien est partout (voir mes chroniques n°31 et n°32). On remarque aussi que ce qui était du strict ressort de l’individu est pris en charge par l’état :
– Heure de sortie du domicile
– Conditions à remplir pour voir sa famille ou ses amis proches
– Droit de regard sur les choix alimentaires ou médicaux
– Contrôle strict des activités culturelles et plus particulièrement celle de la lecture 

Un monde Orwellien en 2021 ?

D’où la nécessité de ficher et tracer chaque individu et la possibilité de pouvoir agir même si l’individu se trouve dans l’intimité de son domicile. Il en découle aussi la nécessité d’éliminer toute solidarité de groupe, condition sine qua non pour une domination totale de l’individu par l’État. L’idée est de focaliser l’attention de l’individu sur des sujets clivants, comme le port obligatoire du masque par exemple. Ce dernier en vient ainsi à oublier que tout arbre appartient à une forêt dont la contemplation lui est interdite.

Si quelque chose ne va pas, c’est toujours en raison d’individus qui ont désobéi aux consignes données. L’individu devient responsable de la contamination d’autres individus et par là-même sont des meurtriers en puissance. D’où un sentiment de culpabilité permanent qui réduit au silence avec consentement de l’individu.

Aimer sa servitude en 2021

Ceci est pour le côté Orwellien en ce début de mois de novembre 2020. Pour le côté meilleur des mondes, la science permet déjà aux futurs parents de choisir les caractéristiques physiques de leurs enfants. On ne parle plus d’eugénisme comme à l’époque d’Huxley, mais de « transhumanisme ». On prône aussi de remplacer les contacts physiques par des contacts virtuels. Une telle solution, n’était évidemment pas envisageable il y a seulement quelques années. Toutefois, aujourd’hui avec le développement d’internet et de la 5G, cela devient techniquement possible. Ce qu’une personne fait, un écran ou un robot le fait encore mieux et surtout de manière beaucoup plus rapide et fiable. Cette fuite depuis le réel vers le virtuel présente l’avantage de pouvoir contrôler encore mieux l’individu par le plaisir et non par la contrainte policière.

D’où un asservissement supplémentaire alimenté par des séries débiles, des jeux vidéo où tout est possible et bien sûr des publicités ciblées auxquelles il devient difficile d’échapper. Comme l’avait prévu Huxley, on est tellement inondé d’informations que les faits ne comptent plus. Cette ambiance totalement délétère aboutit inéluctablement au syndrome de Stockholm. Concrètement, cela signifie que les protecteurs se transforment en bourreaux et vice-versa. Car si vivre dans un monde totalitaire fait peur, l’idée même que l’on est harcelés et manipulés par ceux qui disent vouloir nous protéger est encore plus terrifiante. On s’invente donc d’autres peurs encore plus horribles pour se dire que les mesures prises sont nécessaires. D’où la résignation et le déni.

Paranoïa et monstres

Heureusement, il existe des solutions au délire paranoïaque provoqué par tout choc traumatique. Encore faut-il accepter de lire et résister à la tentation de ne regarder que des vidéos. Toujours sur ARTE.TV, on pourra visionner une interview passionnante de l’écrivain Stephen King, maître de l’horreur. Je retiendrais deux phrases qui me semblent très justes et révélatrices. Tout d’abord que « Seul un esprit éveillé peut repousser les monstres ».  Donc si la situation vous apparaît monstrueuse, réveillez-vous. C’est tout simple mais fondamental.

La deuxième phrase nous informe que  : « Nous vivons dans une société où beaucoup croient que les bibliothèques et autres activités culturelles sont d’une importance mineure. Comme si apprendre à penser était une chose qui se fait naturellement, à l’instar d’apprendre à marcher. Croyez-moi, ce n’est pas vrai. La capacité à penser clairement et logiquement conduit toujours à la bonne décision. De plus, je crois que la capacité de penser clairement augmente clairement avec la capacité de lire ».

Ceci éclaire d’un jour très révélateur l’acharnement du président et de ses sbires envers toute activité d’ordre culturel. En particulier, la décision de fermer toutes les librairies procède bien d’une volonté de contrôle du peuple en cultivant son ignorance et non d’une volonté de le protéger contre un méchant virus. Désolé d’avoir été aussi long pour cette chronique. Toutes ces choses se devaient d’être dites, vu la déliquescence programmée de notre État de droit et de la démocratie à la française. 

Par Marc HENRY

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